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Éthiopie : sept groupes armés forment une coalition pour tenter de renverser Abiy Ahmed

Des mouvements rebelles longtemps opposés, dont des forces tigréennes, les milices Fano et l’Armée de libération oromo, annoncent la création d’une alliance contre le pouvoir fédéral. Ce rapprochement inédit pourrait ouvrir une nouvelle phase d’instabilité dans la Corne de l’Afrique.

L’Éthiopie pourrait entrer dans une nouvelle période de fortes turbulences politiques et sécuritaires. Sept mouvements armés ont annoncé la formation d’une coalition dont l’objectif déclaré est de renverser le Premier ministre Abiy Ahmed et son gouvernement, puis d’instaurer une autorité de transition. Cette alliance réunit des factions qui, pour certaines, s’affrontaient encore violemment il y a quelques années.

Des adversaires historiques réunis contre Addis-Abeba

La coalition comprend notamment des forces liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), acteur central de la guerre qui a ravagé le nord de l’Éthiopie entre 2020 et 2022. Elle associe également des éléments des milices nationalistes amhara Fano, autrefois engagées aux côtés de l’armée fédérale contre les forces tigréennes, avant de se retourner contre le pouvoir central à partir de 2023.

L’Armée de libération oromo (OLA), insurrection active dans l’Oromia, région la plus peuplée du pays, ferait également partie de cette nouvelle configuration. Le rapprochement de ces différentes forces constitue un tournant majeur, tant leurs revendications politiques, territoriales et identitaires sont éloignées.

L’annonce de la coalition a été confirmée à l’Agence France-Presse par Amanuel Assefa, vice-président des autorités provisoires du Tigré. Les mouvements concernés affirment vouloir mettre fin au gouvernement d’Abiy Ahmed et installer une administration de transition. Ils n’ont cependant présenté ni calendrier précis, ni architecture institutionnelle, ni programme politique détaillé pour l’après-Abiy.

Une alliance puissante, mais profondément fragile

Sur le plan militaire, la coordination de plusieurs foyers de rébellion pourrait accroître considérablement la pression exercée sur les Forces de défense nationale éthiopiennes. L’armée fédérale est déjà engagée sur plusieurs fronts, notamment dans les régions Amhara et Oromia, où elle mène des offensives terrestres et recourt régulièrement aux frappes de drones.

La solidité de la nouvelle alliance demeure toutefois incertaine. Les forces tigréennes et les milices Fano restent divisées par d’importants contentieux territoriaux, particulièrement autour du Tigré occidental, également appelé Wolkait. Cette zone stratégique demeure au cœur d’une confrontation historique entre nationalistes amhara et responsables tigréens.

À ces rivalités territoriales s’ajoutent de profondes divergences politiques. Les factions amhara défendent un agenda nationaliste, tandis que l’OLA porte des revendications liées à l’autodétermination oromo. Les forces tigréennes poursuivent, pour leur part, leurs propres objectifs sécuritaires et institutionnels. Aucun commandement militaire commun ni mécanisme officiel de règlement des différends internes n’a, jusqu’ici, été rendu public.

Le spectre d’un nouvel embrasement

Le gouvernement fédéral n’a pas immédiatement apporté de réponse détaillée à cette annonce. Pour Addis-Abeba, le danger réside désormais dans la possibilité d’une multiplication coordonnée des offensives, susceptible d’étirer les capacités de l’armée et d’affaiblir davantage l’autorité de l’État dans plusieurs régions.

L’Éthiopie demeure profondément marquée par la guerre du Tigré, conclue officiellement par l’accord de Pretoria en novembre 2022. Ce conflit a provoqué des pertes humaines considérables, évaluées à plusieurs centaines de milliers de morts selon différentes estimations, ainsi que des déplacements massifs de populations et une grave crise humanitaire.

La formation de cette coalition ne signifie pas encore qu’une offensive commune est imminente. Elle révèle néanmoins l’ampleur du rejet du pouvoir fédéral au sein de plusieurs mouvements armés. Si ces factions parviennent à dépasser leurs rivalités et à coordonner leurs opérations, l’Éthiopie pourrait être confrontée à une nouvelle guerre aux conséquences majeures pour toute la Corne de l’Afrique.

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