Macron – Trump : LA paix à Gaza au cœur d’une guerre diplomatique

Entre la « paix » revendiquée par Trump, les souffrances de Gaza et la colère d’Israël

À l’Assemblée générale des Nations unies, la paix est devenue un champ de bataille diplomatique. Quelques heures après que Donald Trump s’est présenté comme l’artisan des nouveaux équilibres mondiaux, Emmanuel Macron a contesté, sans le nommer, le récit triomphaliste du président américain sur Gaza. Mais une phrase imprécise du chef de l’État français sur le Hamas en Cisjordanie a détourné le débat et provoqué une violente confrontation avec Israël.

Trump s’attribue les mérites de la paix

Dans son discours à la tribune de l’ONU, Donald Trump s’est présenté comme un homme d’action et un bâtisseur de paix. Défendant le bilan international de son administration, il a affirmé :

« Pendant que les autres parlaient, j’ai agi. Pendant que les autres parlaient de paix, j’ai fait la paix. Pendant que les autres ignoraient les menaces, je les ai affrontées. »

Le président américain s’est notamment félicité des résultats obtenus au Moyen-Orient et du processus ayant conduit à l’arrêt officiel des grandes hostilités à Gaza. Dans son récit, la pression exercée par Washington sur les différents protagonistes aurait permis d’imposer une nouvelle dynamique régionale et d’ouvrir une période de paix.

Donald Trump a ainsi utilisé la tribune des Nations unies pour présenter sa diplomatie comme une succession de victoires obtenues par la puissance, la pression et la négociation. Son message était clair : là où la communauté internationale s’était longtemps limitée aux déclarations, son administration aurait obtenu des résultats concrets.

La réponse implicite d’Emmanuel Macron

Prenant la parole après Donald Trump, Emmanuel Macron a livré une lecture radicalement différente de la situation à Gaza. Sans citer directement le président américain, il a déclaré :

« Certains se flattent d’une paix prétendue, mais cette paix n’a pas rouvert une seule seconde les voies humanitaires. »

Le choix des mots et la succession des deux discours permettent de considérer cette déclaration comme une réponse implicite à Donald Trump. Emmanuel Macron semblait contester l’idée qu’un accord politique ou un arrêt partiel des combats puisse suffire à parler de paix lorsque l’aide humanitaire reste bloquée, que les populations continuent de souffrir et que les infrastructures indispensables à la vie demeurent détruites.

Cette interprétation relève toutefois d’une lecture diplomatique : le président français n’a pas prononcé le nom de Donald Trump. Mais l’expression « certains se flattent » paraît viser ceux qui s’attribuent publiquement le mérite d’avoir établi la paix à Gaza. Or, quelques heures auparavant, le président américain avait précisément revendiqué ce rôle devant la même assemblée.

Pour Emmanuel Macron, l’absence de combats généralisés ne constitue pas à elle seule une paix véritable. Une paix sans accès humanitaire, sans reconstruction, sans protection des civils et sans perspective politique resterait une paix de façade. Il a donc lancé cette interrogation à la communauté internationale :

« Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ? »

Le président français a également refusé que le monde se contente de contempler une situation humanitaire toujours dramatique :

« Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? Jamais ! »

De Gaza à la Cisjordanie

Emmanuel Macron a ensuite élargi son intervention à la Cisjordanie, dénonçant les violences quotidiennes, la colonisation et les violations visant les populations palestiniennes. Selon lui, ces actes éloignent chaque jour davantage la possibilité de construire un État palestinien viable aux côtés d’Israël.

C’est dans cette partie de son discours qu’il a prononcé la phrase qui allait déclencher une nouvelle crise diplomatique :

« Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont faites. Au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. »

L’intention présidentielle était manifestement de rappeler que la Cisjordanie n’est pas gouvernée par le Hamas et que les Palestiniens qui y vivent ne peuvent être collectivement traités comme s’ils étaient responsables des attaques commises par l’organisation islamiste. Mais la formulation utilisée a immédiatement été contestée.

Israël dénonce une « absurdité grotesque »

La réaction du gouvernement israélien a été immédiate et particulièrement virulente. Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié les propos d’Emmanuel Macron d’« absurdité grotesque ».

Tel-Aviv a répondu que des membres et des cellules du Hamas conduisent régulièrement des attaques contre des Israéliens en Cisjordanie, territoire qu’Israël désigne sous le nom biblique de Judée-Samarie. Le bureau de Netanyahu a déclaré :

« Des terroristes du Hamas mènent des attaques contre des Juifs presque tous les jours. Ils ont assassiné d’innombrables civils israéliens en Judée-Samarie. »

Pour le gouvernement israélien, Emmanuel Macron aurait confondu l’absence d’un pouvoir politique exercé par le Hamas avec l’absence d’activités de cette organisation sur le territoire cisjordanien.

Un Franco-Israélien assassiné au cœur de la polémique

Israël a notamment rappelé l’assassinat récent de Netanel Shukrun, un Franco-Israélien père de six enfants, tué par balles en Cisjordanie à la veille de Yom Kippour. Les autorités israéliennes ont présenté l’auteur présumé comme un membre du Hamas.

L’armée israélienne a annoncé avoir arrêté le suspect dans un hôpital, avant de mener une opération dans son village. Pour le gouvernement Netanyahu, cette attaque constitue une preuve récente et particulièrement sensible de l’existence de réseaux opérationnels du Hamas en Cisjordanie.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a accusé Emmanuel Macron de mentir. Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et ancien commandant de la division militaire chargée de la Cisjordanie, a également jugé les déclarations du président français très éloignées de la réalité du terrain.

Washington rejoint la confrontation

L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, est lui aussi intervenu dans la polémique. Il a estimé qu’il était difficile d’imaginer un discours plus « déconnecté de la réalité » que celui prononcé par Emmanuel Macron.

Cette réaction américaine prend une signification particulière au regard du passage précédent du discours français. Alors que Donald Trump s’était présenté comme l’artisan de la paix à Gaza, Emmanuel Macron avait implicitement contesté cette victoire diplomatique en parlant d’une « paix prétendue ». La controverse sur le Hamas a ainsi renforcé une opposition plus large entre deux conceptions de la paix : celle proclamée à travers un accord politique et celle mesurée à partir de la réalité humanitaire vécue par les populations.

L’administration française précise les propos de Macron

Face à l’ampleur de la polémique, l’administration française a rapidement tenté de désamorcer la crise. Un responsable diplomatique français a expliqué qu’Emmanuel Macron voulait dire que le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie, contrairement à la bande de Gaza où l’organisation avait pris le pouvoir en 2007.

Selon cette clarification, le chef de l’État français ne cherchait pas à nier l’existence de cellules, de militants ou d’opérations attribuées au Hamas en Cisjordanie. Il voulait souligner que ce territoire demeure administré en partie par l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah de Mahmoud Abbas.

La distinction est importante : le Hamas ne dirige pas la Cisjordanie, mais il y possède historiquement des réseaux et y a revendiqué, organisé ou soutenu des attaques. L’expression « n’a jamais sévi » était donc trop catégorique si elle devait être comprise comme une négation complète de ses activités.

La violence des colons, une réalité que la polémique ne doit pas effacer

La colère israélienne ne fait cependant pas disparaître la réalité dénoncée par Emmanuel Macron. Les violences commises par des colons israéliens extrémistes contre les Palestiniens et leurs biens sont régulièrement documentées par les Nations unies.

Jusqu’au milieu de l’année 2026, environ six incidents violents liés aux colons auraient été enregistrés quotidiennement en Cisjordanie. Des habitations, des terres agricoles, des véhicules et des commerces palestiniens ont été attaqués dans un climat d’impunité et de tension croissante.

Emmanuel Macron a donc commis une imprécision sur la présence du Hamas, mais son discours soulevait une question politique fondamentale : les opérations contre une organisation armée peuvent-elles justifier les violences contre une population civile et l’extension continue de la colonisation ?

Deux visions de la paix s’affrontent à l’ONU

Derrière la polémique franco-israélienne apparaît finalement une confrontation diplomatique plus profonde. Donald Trump présente la paix comme le résultat de la puissance, de la pression et des accords obtenus. Emmanuel Macron considère qu’aucune paix ne peut être proclamée tant que les voies humanitaires restent fermées, que les civils continuent de souffrir et qu’aucune solution politique durable ne garantit les droits des deux peuples.

En affirmant que « certains se flattent d’une paix prétendue », Emmanuel Macron semble avoir adressé un message indirect à Donald Trump : une paix annoncée depuis la tribune de l’ONU ne devient réelle que lorsqu’elle se traduit sur le terrain par l’accès à l’aide, la sécurité des populations, la reconstruction et une perspective politique crédible.

Mais la maladresse française sur le Hamas a affaibli ce message et permis à Israël de déplacer le débat. La guerre des récits a alors pris le dessus sur la recherche de la paix : Trump revendique une victoire diplomatique, Macron en conteste les résultats humanitaires, tandis qu’Israël accuse la France de nier la réalité sécuritaire. À Gaza comme en Cisjordanie, les populations continuent pourtant d’attendre que les discours deviennent enfin des actes.