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Sud-Kivu : le gouvernement central amorce l’instauration de l’autorité de l’État et la pacification depuis Uvira

Le gouvernement central a lancé à Uvira une concertation stratégique consacrée à la restauration de l’autorité de l’État, au renforcement de la sécurité et à la relance socio-économique du Sud-Kivu. Les travaux doivent aboutir à une cartographie des vulnérabilités provinciales et à la formulation de mesures opérationnelles de stabilisation.

Mandaté par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, a ouvert lundi à Uvira un atelier stratégique consacré au rétablissement progressif de l’appareil administratif et sécuritaire de l’État au Sud-Kivu.

Cette concertation réunit le gouvernement provincial, les corps constitués, les autorités territoriales, les services de sécurité, les représentants des communautés locales, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers. Elle vise à établir un diagnostic multisectoriel de la province, à identifier les principales vulnérabilités sécuritaires, politiques, sociales, économiques et humanitaires, puis à définir un mécanisme coordonné d’intervention.

Une architecture de stabilisation fondée sur les communautés

Dans son allocution d’ouverture, Jacquemain Shabani a défendu une approche ascendante de la pacification, fondée sur la participation des communautés et sur l’ingénierie sociale. Cette méthode doit permettre d’adapter les réponses institutionnelles aux dynamiques propres à chaque territoire et de renforcer l’appropriation locale du processus de stabilisation.

« Aucune paix durable ne peut être construite sans l’implication active des communautés. Ces trois jours de travaux doivent nous permettre d’analyser ensemble le contexte sécuritaire, politique, social, économique et humanitaire du Sud-Kivu, d’identifier les causes des tensions persistantes et de proposer des solutions adaptées aux réalités de nos communautés », a déclaré le vice-Premier ministre.

Pour le gouvernement central, la restauration de l’autorité publique ne peut se limiter à une présence administrative symbolique. Elle doit se matérialiser par le redéploiement effectif des services publics, la réactivation des institutions provinciales et territoriales, la sécurisation des axes stratégiques ainsi que la reprise des programmes de développement local.

« La restauration de l’autorité de l’État doit se traduire concrètement par le redéploiement des services publics, le fonctionnement normal des institutions et la relance du développement local. Nous devons faire en sorte que les populations puissent à nouveau bénéficier pleinement des services de l’État et vivre dans un environnement sécurisé », a-t-il poursuivi.

Désarmement et rétablissement du monopole de la force publique

La prolifération des armes légères et de petit calibre ainsi que l’activisme persistant des groupes armés figurent parmi les principaux défis examinés au cours des travaux. Jacquemain Shabani a rappelé que le monopole de la contrainte légitime relève exclusivement de l’État et que la stabilisation du Sud-Kivu passe par un désarmement effectif des factions armées.

Le vice-Premier ministre a, dans cette perspective, plaidé pour le renforcement opérationnel du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation, P-DDRCS. Le dispositif doit articuler la reddition des combattants, leur désarmement, leur réinsertion sociale et économique ainsi que la reconstruction des communautés affectées par les conflits.

« L’usage légitime de la force relève de l’État. Nous devons donc accompagner les programmes de désarmement, de démobilisation, de relèvement communautaire et de stabilisation afin de favoriser la réintégration des anciens combattants et de reconstruire le tissu social de notre province », a-t-il souligné.

Cette approche implique également la restauration de la chaîne territoriale de commandement, le renforcement de la coordination entre les services de sécurité et l’administration civile, ainsi que la mise en place de mécanismes communautaires de prévention et d’alerte précoce.

Uvira, centre provisoire de l’administration provinciale

Intervenant à son tour, le gouverneur du Sud-Kivu, le professeur Jean-Jacques Purusi Sadiki, a présenté Uvira comme le principal centre de continuité institutionnelle de la province. La ville accueille provisoirement les autorités provinciales et sert de base à la coordination administrative, sécuritaire et humanitaire.

Selon le gouverneur, plusieurs signaux témoignent d’une reprise progressive des activités, notamment la réouverture de la frontière, la relance du commerce transfrontalier et le retour de certaines populations déplacées.

« Uvira est aujourd’hui la capitale provisoire du Sud-Kivu. Nous constatons progressivement la reprise de la vie, avec notamment la réouverture de la frontière, la reprise du commerce transfrontalier et le retour des populations déplacées. Ce sont des signes qui montrent que notre province est en train de se relever », a-t-il déclaré.

Cette normalisation demeure toutefois tributaire de la sécurisation durable des axes routiers et commerciaux, du rétablissement des chaînes d’approvisionnement et du fonctionnement régulier des administrations publiques. La reprise transfrontalière constitue, à ce titre, un levier essentiel pour une province dont l’économie dépend largement des échanges régionaux.

Un Plan Marshall quinquennal en préparation

Au-delà de l’urgence sécuritaire, le gouvernement provincial prépare un programme quinquennal de reconstruction et de relance économique présenté comme un « Plan Marshall » pour le Sud-Kivu. Ce cadre stratégique doit organiser les investissements publics et privés autour de cinq secteurs prioritaires : l’agriculture, la transition écologique, les mines, le tourisme et l’énergie.

« Nous allons bientôt présenter un Plan Marshall pour le Sud-Kivu. Ce plan sera articulé autour de cinq piliers : l’agriculture, la transition écologique, les mines, le tourisme et l’énergie. Nous voulons donner à notre province les moyens de se reconstruire et de valoriser ses nombreuses potentialités », a annoncé Jean-Jacques Purusi Sadiki.

Le futur programme devra notamment intégrer la réhabilitation des infrastructures, la restauration des bassins de production, l’amélioration de la gouvernance minière, la diversification des sources d’énergie et la remise en valeur du potentiel touristique provincial. Sa mise en œuvre nécessitera toutefois un dispositif de financement, des indicateurs de performance et un mécanisme de suivi permettant de mesurer les résultats obtenus.

Les participants poursuivront les travaux au sein de commissions thématiques pendant quarante-huit heures. Leurs recommandations devraient porter sur le maillage sécuritaire, le redéploiement administratif, la cohésion communautaire, le relèvement économique et la coordination des interventions humanitaires.

À terme, l’enjeu sera de convertir les conclusions de l’atelier en un plan d’action assorti de responsabilités institutionnelles, d’un calendrier d’exécution et de ressources budgétaires clairement identifiées. La réussite du processus dépendra surtout de la capacité des autorités à assurer simultanément la sécurité des populations, la continuité des services publics et la relance de l’économie provinciale.

Rédaction

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