Une Assemblée générale dominée par la crise de confiance
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies s’est officiellement ouverte le 8 septembre 2026 à New York, tandis que le Débat général de haut niveau a débuté le 22 septembre et doit se poursuivre jusqu’au 28 septembre. Placée sous la présidence du diplomate bangladais Khalilur Rahman, cette session se tient autour du thème : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies qui agit pour tous ». Une orientation qui traduit l’urgence de réhabiliter un multilatéralisme affaibli par la multiplication des guerres, les rivalités entre grandes puissances et l’incapacité persistante des institutions internationales à faire respecter leurs propres décisions.
Jamais, depuis plusieurs années, la tribune onusienne n’avait été confrontée à une accumulation aussi dense de crises simultanées. La guerre en Ukraine, les violences à Gaza et les tensions au Moyen-Orient, la guerre au Soudan, l’instabilité en Birmanie ainsi que l’agression persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo occupent une place centrale dans les consultations diplomatiques. À ces conflits s’ajoutent l’urgence climatique, la montée du niveau des mers, le retard pris dans la réalisation des Objectifs de développement durable et l’endettement croissant des pays du Sud.
La succession de Guterres aiguise les rivalités
Cette 81ᵉ session est également marquée par la bataille diplomatique autour de la succession d’António Guterres, dont le second mandat prendra fin le 31 décembre 2026. Plusieurs personnalités ont officiellement été présentées, notamment l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, l’Argentin Rafael Mariano Grossi, l’ancien président sénégalais Macky Sall, la Costaricienne Rebeca Grynspan, l’Équatorienne María Fernanda Espinosa et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett. La candidature de l’ancien ministre ougandais Olara Otunnu est venue élargir une compétition déjà très politique.
Au-delà des profils individuels, le choix du neuvième Secrétaire général pose la question de la représentativité géographique et de l’indépendance réelle du chef de l’ONU. De nombreux États défendent l’idée qu’une femme devrait, pour la première fois, diriger l’Organisation. Les pays africains revendiquent également une reconnaissance conforme au poids démographique et diplomatique du continent. Mais le dernier mot dépendra largement du Conseil de sécurité, où chacun des cinq membres permanents dispose du pouvoir de bloquer une candidature avant sa transmission à l’Assemblée générale.
Washington, Brasilia et Paris face au multilatéralisme
Comme le veut la tradition diplomatique, le Brésil ouvre la série des interventions nationales. Le président Luiz Inácio Lula da Silva devrait replacer la justice climatique, le financement du développement, la lutte contre la pauvreté et la réforme du Conseil de sécurité au centre des revendications du Sud global. Brasilia considère que l’architecture internationale héritée de 1945 ne correspond plus aux réalités démographiques, économiques et politiques du XXIᵉ siècle, notamment en raison de l’absence de sièges permanents pour l’Afrique et l’Amérique latine.
Face à cette vision, Donald Trump porte une diplomatie fondée sur la souveraineté nationale, la maîtrise des frontières, la réciprocité commerciale et une remise en question du financement américain des institutions multilatérales. Cette orientation ravive les inquiétudes sur l’engagement de Washington à l’ONU. La France, de son côté, défend le maintien d’un ordre international fondé sur le droit, tout en appelant à des solutions politiques aux crises du Moyen-Orient et à la poursuite du soutien occidental à l’Ukraine. Ces positions illustrent une fracture profonde : les puissances affirment leur attachement à l’ONU, mais continuent de privilégier leurs intérêts stratégiques lorsque les mécanismes multilatéraux contrarient leurs alliances.
L’intelligence artificielle, nouveau territoire de confrontation
La gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle s’impose désormais comme une question de paix et de sécurité internationales. L’utilisation de systèmes autonomes dans les conflits, la prolifération des drones, la désinformation générée artificiellement, les cyberattaques et les risques de manipulation électorale préoccupent les délégations. Les pays technologiquement avancés cherchent à préserver leur capacité d’innovation, tandis que les États du Sud redoutent une nouvelle dépendance numérique et réclament un accès équitable aux technologies, aux infrastructures et aux données.
La difficulté sera de passer des déclarations de principe à des règles juridiquement applicables. Sans mécanisme international contraignant, l’IA risque d’accentuer les inégalités, de transformer les méthodes de guerre et de placer certaines décisions sensibles entre les mains d’algorithmes insuffisamment contrôlés. Pour les pays africains, le débat concerne aussi la souveraineté numérique, la protection des données nationales et la nécessité de participer à l’élaboration des normes plutôt que de les subir.
L’Afrique réclame une place à la hauteur de son poids
La réforme du Conseil de sécurité constitue une autre ligne de force de l’AGNU 81. Avec 54 États membres, l’Afrique ne dispose toujours d’aucun siège permanent, alors qu’elle représente une part importante des questions inscrites à l’agenda du Conseil. Les États africains continuent ainsi de réclamer au moins deux sièges permanents, dotés des mêmes prérogatives que ceux des puissances actuelles, ainsi qu’une représentation renforcée parmi les membres non permanents.
Cette revendication prend une résonance particulière pour la République démocratique du Congo. La guerre dans l’Est, les déplacements massifs de populations, l’exploitation illicite des ressources naturelles et les violations du droit international humanitaire constituent un test majeur pour la crédibilité de l’ONU. Kinshasa dispose, pendant cette semaine diplomatique, d’une occasion de demander que les condamnations internationales soient accompagnées de mécanismes concrets de vérification, de sanctions ciblées et de responsabilisation des acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la déstabilisation de son territoire.
Le climat, révélateur d’une injustice mondiale
Les discussions climatiques devraient également opposer les pays historiquement responsables des émissions aux États qui en subissent les conséquences les plus lourdes. Les petits États insulaires réclament des garanties contre la montée des océans, qui menace leurs territoires, leurs économies et, à terme, leur existence juridique. Les pays africains insistent, pour leur part, sur l’adaptation, le financement climatique, la compensation des pertes et préjudices ainsi que sur la valorisation de leurs forêts et de leurs ressources stratégiques.
Dans ce débat, la RDC peut faire valoir le rôle mondial du bassin du Congo dans la régulation du climat. Mais cette diplomatie environnementale ne pourra produire des résultats durables que si elle associe protection des écosystèmes, transparence des marchés carbone, industrialisation verte et amélioration effective des conditions de vie des communautés locales.
Une semaine décisive pour la crédibilité de l’ONU
L’AGNU 81 apparaît ainsi comme une Assemblée de vérité. L’ONU reste la seule enceinte universelle où 193 États peuvent officiellement défendre leurs positions, mais elle peine à transformer les discours en décisions exécutoires. Le droit de veto, les alliances militaires, la concurrence économique et la fragmentation du système international limitent son action, particulièrement lorsque les intérêts des grandes puissances sont directement engagés.
Le défi de New York ne consiste donc pas seulement à produire de nouvelles déclarations. Il s’agit de démontrer que le multilatéralisme peut encore prévenir les guerres, protéger les populations civiles, encadrer l’intelligence artificielle, répondre à l’urgence climatique et donner aux pays du Sud une véritable capacité de décision. Sans avancées concrètes, le thème de la « confiance restaurée » pourrait rester une promesse diplomatique de plus. Avec une volonté politique réelle, cette 81ᵉ session pourrait au contraire ouvrir la voie à une ONU plus représentative, plus cohérente et mieux armée pour affronter les transformations du monde.

