À la une

Judith Suminwa à l’ONU : « Les FDLR ne peuvent plus servir de prétexte au maintien des troupes rwandaises en RDC »

À la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a fermement rejeté l’argument des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), régulièrement invoqué par Kigali pour justifier sa présence militaire sur le territoire congolais.

« La question des FDLR ne saurait désormais servir de prétexte au maintien d’une force militaire étrangère sur notre territoire », a déclaré la cheffe du gouvernement congolais. Par cette prise de position, Kinshasa réaffirme son exigence d’un retrait des forces rwandaises et rejette toute justification susceptible de légitimer une présence militaire étrangère dans l’est de la RDC.

Judith Suminwa a également dénoncé l’application sélective des principes du droit international. Sans citer directement un État, elle a regretté que l’intégrité territoriale soit « défendue avec vigueur dans une crise » et paraisse « négociable dans une autre ». Une critique qui renvoie au traitement réservé à la guerre dans l’est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir militairement l’AFC/M23.

« Il ne peut y avoir de confiance durable lorsque la force de nos principes proclamés varie selon les peuples, les crises ou les circonstances », a-t-elle martelé. La Première ministre a ainsi appelé les Nations unies et la communauté internationale à appliquer les mêmes principes à tous les États, conformément à la Charte des Nations unies, à l’égalité souveraine des nations et à l’interdiction du recours à la force.

Sur le plan politique interne, Judith Suminwa a réaffirmé la disponibilité du pouvoir congolais à engager un dialogue avec les forces nationales attachées à la paix et à la République. « Notre main demeure tendue à tous les enfants du Congo qui choisissent la paix, le débat républicain et la loyauté envers la patrie », a-t-elle déclaré, précisant que les Congolais devront se parler « avec franchise et responsabilité ».

La cheffe du gouvernement a cependant tracé une ligne claire entre les divergences politiques internes et l’agression extérieure. « Aucun dialogue intérieur ne saurait transformer une agression extérieure en simple différend domestique », a-t-elle averti. Elle a parallèlement reconnu la nécessité, pour la RDC, de corriger ses propres faiblesses, soulignant qu’une agression étrangère ne devait pas servir d’excuse à l’inaction ou au refus des réformes internes.

Pour Judith Suminwa, la cohésion nationale et la défense de l’intégrité territoriale sont deux exigences complémentaires. « Elles ne s’opposent pas, elles se renforcent mutuellement », a-t-elle insisté, rappelant que la paix ne peut se limiter à la cessation des hostilités, mais doit permettre à la RDC de reprendre pleinement possession de son avenir.

Élargissant son propos à la gouvernance mondiale, la Première ministre a estimé que « le monde de 1945 n’est plus ». Elle a plaidé pour une réforme profonde des Nations unies, une représentation plus équitable de l’Afrique dans les instances décisionnelles ainsi qu’une gouvernance inclusive de l’intelligence artificielle. Elle a notamment soutenu la création d’un fonds mondial destiné au renforcement des capacités, afin que les pays africains ne restent pas en marge des grandes transformations technologiques.

À New York, Judith Suminwa a ainsi porté un double message : la RDC demeure ouverte au dialogue entre Congolais, mais refuse que celui-ci serve à dissimuler ou à relativiser une agression extérieure. Pour Kinshasa, la neutralisation des FDLR doit désormais conduire à la disparition de tout prétexte invoqué pour maintenir des forces étrangères sur le sol congolais.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *