À la une

Guerre dans l’Est : le plan Mukwege en cinq étapes pour ramener la paix

©PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/Alexandre MARCHI ; NANCY ; 09/09/2022 ; LITTERATURE - RENTREE LITTERAIRE - SALON - LIVRE SUR LA PLACE 2022 - 44 EME EDITION. Nancy 9 septembre 2022 Denis MUKWEGE prix Nobel de la Paix 2018. PHOTO Alexandre MARCHI. (MaxPPP TagID: maxpeopleworldtwo212258.jpg) [Photo via MaxPPP]

Face à la persistance de la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo, le Prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, propose une stratégie articulée autour de cinq axes. Son plan associe pression diplomatique, coopération régionale, dialogue national, justice transitionnelle et assainissement du commerce des minerais. Une approche qui entend s’attaquer simultanément aux dimensions sécuritaires, politiques, judiciaires et économiques du conflit.

1. Faire appliquer intégralement la résolution 2773

La première proposition de Denis Mukwege consiste à placer le respect du droit international avant toute nouvelle négociation. Il réclame l’application intégrale de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment le respect du cessez-le-feu, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien de Kigali à l’AFC/M23 et le démantèlement des administrations parallèles installées dans les zones occupées.

Pour le médecin congolais, la diplomatie ne peut produire des résultats durables si les décisions déjà adoptées par la communauté internationale restent sans effets sur le terrain. Il préconise, en cas de non-respect de ces exigences, le recours à des sanctions ciblées contre les responsables politiques, militaires et économiques qui entretiennent la guerre.

2. Organiser une conférence internationale sur les Grands Lacs

Le deuxième volet prévoit l’organisation d’une conférence internationale consacrée à la paix, à la sécurité et au développement dans la région des Grands Lacs. Denis Mukwege souhaite que cette initiative soit portée par un État neutre, non frontalier de la RDC, afin de garantir davantage d’impartialité et de crédibilité au processus.

Cette conférence réunirait les pays de la région, les organisations internationales, la société civile, les partenaires au développement, mais aussi les investisseurs et les entreprises minières. L’objectif serait d’examiner la crise congolaise dans toutes ses dimensions, au-delà des seules considérations militaires, en intégrant les rivalités régionales et les intérêts économiques qui alimentent l’instabilité.

3. Soumettre le dialogue national à des préalables

Denis Mukwege ne rejette pas le principe d’un dialogue entre Congolais, mais il refuse qu’il soit organisé sans garanties politiques et sécuritaires. L’ancien candidat à l’élection présidentielle exige d’abord des mesures de décrispation politique destinées à restaurer la confiance entre les différentes composantes de la société congolaise.

Il pose également comme condition le rétablissement de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire national. Dans cette logique, un dialogue organisé alors qu’une partie du pays demeure occupée et administrée par des forces rebelles risquerait de se tenir sous pression et de confondre une agression extérieure avec une simple crise politique interne.

4. Combattre l’impunité par un tribunal spécial pour le Congo

Le quatrième pilier du plan repose sur la justice. Denis Mukwege propose la création d’un tribunal spécial pour le Congo chargé de poursuivre les auteurs des crimes graves commis au cours des différents conflits ayant ravagé le pays. Il plaide également pour la mise en œuvre de mécanismes de réparation en faveur des victimes.

Cette proposition s’inscrit dans son combat de longue date contre l’impunité. Pour le Prix Nobel de la paix, aucune paix durable ne peut être construite sur l’oubli des massacres, des violences sexuelles, des déplacements forcés et des autres violations graves des droits humains. La justice doit donc devenir un élément central de toute solution politique.

5. Assainir le commerce des minerais

Le dernier axe s’attaque aux intérêts économiques qui entretiennent la guerre. Denis Mukwege réclame une traçabilité internationale renforcée des minerais provenant de la RDC afin d’empêcher leur exportation frauduleuse et leur intégration dans les chaînes mondiales d’approvisionnement.

Il préconise parallèlement une transformation accrue des ressources minières sur le territoire congolais. Cette politique permettrait à la RDC de créer davantage d’emplois, d’accroître ses revenus et de réduire la dépendance à l’exportation de matières premières non transformées. Elle engagerait également la responsabilité des entreprises et des investisseurs internationaux dans l’assainissement du secteur.

Une approche globale pour rompre le cycle de la guerre

À travers ces cinq propositions, Denis Mukwege défend une vision globale de la paix. Son plan ne limite pas la crise de l’est de la RDC à une confrontation militaire entre les FARDC et les groupes armés. Il établit un lien direct entre l’agression extérieure, les fragilités internes, l’impunité, les rivalités régionales et l’exploitation illicite des ressources naturelles.

Sa démarche repose ainsi sur une conviction : la stabilité ne pourra être restaurée qu’en traitant simultanément les causes sécuritaires, politiques, judiciaires et économiques du conflit. Pour Denis Mukwege, mettre fin à la guerre suppose donc de restaurer pleinement l’autorité de l’État, de rendre justice aux victimes et de retirer aux acteurs de la violence les bénéfices économiques qui nourrissent leur entreprise.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *