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Léon XIV en France : le retour d’un pape, dix-huit ans après

Notre Correspondant à Paris, 25 septembre 2026

Accueilli à Orly par Emmanuel Macron, le premier pape américain de l’histoire a entamé vendredi une visite de quatre jours qui le conduira de Paris à Lourdes puis à Metz. Aucun souverain pontife n’avait fait de véritable visite d’État dans l’Hexagone depuis Benoît XVI en 2008.

Il était environ 10 heures ce vendredi quand l’avion de Léon XIV s’est posé à Paris. Pendant sept minutes, les cloches des églises de France ont sonné pour saluer son arrivée. Sur le tarmac, Emmanuel Macron l’attendait avant de le recevoir à l’Élysée. Le chef de l’État a salué l’honneur et la joie que représente, pour la République, la venue du pontife sur le sol français.

Une attente de dix-huit ans

Pour les catholiques français, ce voyage referme une longue parenthèse. Benoît XVI était venu en septembre 2008. Il avait prononcé à Paris un discours au monde de la culture, resté célèbre, au collège des Bernardins, avant de se rendre à Lourdes.

Son successeur François s’était rendu trois fois en France, mais jamais pour une visite d’État. En 2014, il avait passé une journée à Strasbourg pour s’adresser au Parlement européen et au Conseil de l’Europe. En 2023, il avait participé pendant deux jours à une conférence à Marseille, puis s’était rendu une journée en Corse en 2024. Il n’était jamais venu à Paris et avait décliné l’invitation à la réouverture de Notre-Dame en 2024.

Le voyage de Léon XIV répond à l’invitation du président de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, appuyée par Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec le pape au Vatican en avril. C’est le cinquième voyage apostolique du pontificat, après la Turquie et le Liban, Monaco, l’Afrique et l’Espagne.

Un discours ferme à l’Élysée

Dès son premier discours devant les autorités, le corps diplomatique et la société civile, Léon XIV a donné le ton. Il a dénoncé les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, le trafic d’organes et ce qu’il a présenté comme l’offre d’une mort programmée. Ces sujets résonnent fortement dans le débat français.

Le protocole traduit aussi une certaine réserve. Il n’y aura pas de déjeuner en tête-à-tête avec le président, le pape ayant choisi de prendre ses repas à la nonciature apostolique, la représentation du Saint-Siège à Paris.

L’UNESCO, étape diplomatique

L’après-midi, le pape était attendu au siège de l’UNESCO, dont le directeur général Khaled El-Enany l’avait également invité. Le symbole est fort : l’an dernier, Donald Trump a retiré les États-Unis de l’organisation, qui estime avoir perdu 8 % de son budget. Or le pape américain s’est récemment attiré les critiques du président des États-Unis après avoir condamné la guerre en Iran.

Vingt-six rendez-vous en quatre jours

Le programme comprend vingt-six étapes entre Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz, dont cinq grands rassemblements ouverts au public. Les célébrations sont retransmises en direct et dans 242 lieux d’accueil à travers le pays.

Ce vendredi, après l’UNESCO, le pape traverse la capitale en papamobile sur 2,5 km de rues piétonnes, de Notre-Dame-des-Champs à la place Saint-Michel. Il célèbre ensuite les vêpres à Notre-Dame avec le clergé ; il est le premier pape à s’y rendre depuis sa réouverture en décembre 2024. La soirée se termine au Stade de France, où il retrouve les 17-35 ans pour une veillée de prière.

Samedi, Léon XIV visite la Maison Bakhita, centre d’accompagnement et d’intégration sociale du 18e arrondissement. Il célèbre ensuite une grande messe en plein air, place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, avant de s’envoler pour Lourdes, où il priera le soir même à la grotte de Massabielle.

Dimanche, dans la cité mariale, le pape rencontrera les évêques de France, célébrera la messe sur la prairie du sanctuaire et présidera la procession aux flambeaux. Il doit aussi rencontrer en privé des personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église, à des conditions encore non précisées.

Lundi, le voyage se termine à Metz. Le pape y tiendra une rencontre interreligieuse puis une rencontre consacrée aux racines de l’Europe, pour la paix et l’unité. Il traversera la ville en papamobile et célébrera une messe à la cathédrale Saint-Étienne avant de repartir pour Rome.

Un pape aux racines françaises

Élu le 8 mai 2025, Robert Francis Prevost, né à Chicago, compte parmi ses ancêtres des immigrés français installés aux États-Unis. Ancien missionnaire augustin au Pérou, il devient le quatrième pape de l’après-Vatican II à visiter la France, après Jean-Paul II, Benoît XVI et François. À eux trois, ces derniers y étaient venus onze fois. Jean-Paul II, à lui seul, avait fait sept visites, de Paris en 1980 à Lourdes en 2004.

Dialoguer avec une France qui se déchristianise

Au-delà de l’événement religieux, la visite a une portée politique. Après l’Espagne en juin, elle confirme le retour du pape dans des pays européens marqués par le catholicisme mais en voie de déchristianisation. Elle illustre la volonté de l’Église de maintenir le dialogue malgré de profondes divergences sur les questions éthiques et politiques.

Le premier discours de Léon XIV à l’Élysée a montré qu’il n’éviterait pas ces sujets. Reste à savoir quel écho il trouvera, de la foule parisienne jusqu’à l’étape européenne de Metz.

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