Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, a vivement réagi au retour du général-major Sylvain Ekenge au poste de porte-parole des Forces armées de la RDC (FARDC), neuf mois après sa suspension pour des propos jugés discriminatoires à l’égard des Tutsi. Une sortie qui risque de crisper davantage des relations bilatérales déjà profondément dégradées.
La passe d’armes diplomatique entre Kigali et Kinshasa a connu un nouvel épisode. Réagissant à la réhabilitation du général-major Sylvain Ekenge dans ses fonctions de porte-parole des FARDC, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a qualifié cette décision de « troublante et indécente ».
Pour le chef de la diplomatie rwandaise, cette réintégration apporte la preuve que les discours de haine visant les Congolais tutsi ne sauraient être imputés à quelques « brebis galeuses ». Ils relèveraient, selon lui, d’un « projet politique assumé par l’État ». Une accusation d’une gravité certaine, qui place la question au niveau de la responsabilité des autorités congolaises elles-mêmes.
Une annonce « presque en catimini »
Olivier Nduhungirehe reproche également à Kinshasa la manière dont la nouvelle a été rendue publique. Selon lui, les autorités congolaises auraient opté pour une communication discrète, « presque en catimini », à travers un communiqué signé du général lui-même et consacré à un événement tragique. Une méthode qui, d’après Kigali, visait à désamorcer les critiques et à éviter une nouvelle vague de réprobation internationale.
Une référence lourde de sens
Le ministre rwandais a assimilé les propos tenus en décembre dernier par le général Ekenge au premier des « Dix commandements du Hutu », texte publié en 1990 par Hassan Ngeze dans le journal extrémiste Kangura. Ce pamphlet, qui mettait en garde contre les unions avec des femmes tutsi, est considéré comme l’un des jalons idéologiques ayant préparé le génocide de 1994. Son auteur a été condamné par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). En convoquant cette référence, Kigali inscrit délibérément l’affaire dans le registre de la mémoire du génocide et de la prévention des crimes de masse.
Un climat bilatéral déjà délétère
Cette nouvelle crispation intervient dans un contexte de tensions persistantes entre les deux voisins. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir militairement la rébellion AFC/M23, qui contrôle de larges pans du Nord et du Sud-Kivu, ce que Kigali conteste en invoquant la menace que représenteraient les FDLR. Les processus de médiation engagés ces derniers mois peinent à produire une désescalade durable sur le terrain. Reste désormais à connaître la position officielle de Kinshasa face à ces accusations.
Rappel : de la suspension au retour
Les faits remontent au samedi 27 décembre 2025. Lors d’une intervention à la télévision publique, le porte-parole des FARDC avait évoqué une prétendue stratégie d’infiltration rwandaise passant par des liens familiaux ou matrimoniaux, en visant explicitement les femmes tutsi. Selon The Africa Report, l’intervention semblait préméditée, l’officier ayant été vu lisant des notes préparées à l’avance.
La sanction avait été rapide. Le communiqué annonçant sa suspension était signé du chef d’état-major général, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe. L’état-major avait affirmé que ces déclarations ne reflétaient ni la position officielle de la RDC, ni celle du président Félix Tshisekedi ou du gouvernement, les jugeant contraires aux valeurs républicaines et aux missions constitutionnelles de l’armée. Des sources sécuritaires avaient par ailleurs indiqué que l’officier était attendu devant le Conseil national de sécurité.
L’indignation avait dépassé les frontières. En RDC, des hommes d’affaires et responsables politiques issus de la communauté visée avaient condamné ces propos, et le mouvement citoyen Lucha avait été parmi les premiers à réclamer des sanctions. À l’étranger, le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, s’était dit extrêmement choqué. L’Agence congolaise de presse avait elle-même reconnu que ces déclarations avaient été instrumentalisées au détriment de la position diplomatique de la RDC.
Pendant la suspension, l’intérim avait été assuré à partir du 8 janvier 2026 par le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba, jusque-là porte-parole adjoint. Le retour du général Ekenge s’est manifesté le vendredi 25 septembre, à travers un communiqué de l’état-major consacré au crash d’un avion à Kenge, dans le Kwango, qu’il signe en qualité de porte-parole, sans qu’aucune annonce officielle n’ait précédé cette reprise de fonctions. Ce communiqué confirme la mort du lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi, premier président de la Haute Cour militaire, et du lieutenant-général Lucien-René Likulia, auditeur général des FARDC.
Ironie du calendrier : c’est à l’occasion du deuil frappant les plus hautes figures de la justice militaire que réapparaît un officier dont les propos n’ont, à ce jour, donné lieu à aucune poursuite judiciaire rendue publique.

